Les besoins en soins sont immenses au Liban, en Syrie et à Gaza. Tulipe mobilise le secteur de la santé pour acheminer médicaments et matériel médical essentiels.
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Madagascar, au fil du Tsiribihina : une mission de soins là où l’accès à la santé reste un défi quotidien
Au lever du jour, ils sont déjà là. Des dizaines, puis des centaines de silhouettes, rassemblées devant une école aux murs défraîchis. Certains ont marché plusieurs heures, parfois toute la nuit. Les patients attendent en silence, dans une patience qui frappe immédiatement. Dans quelques minutes et pour une à deux journées seulement, cette école deviendra un hôpital de campagne.
En février 2026, Christelle Tellier, collaboratrice de Sanofi* depuis près de vingt ans, spécialiste de la supply chain internationale et aujourd’hui engagée sur des fonctions industrielles, a rejoint une mission de l’ONG partenaire de Tulipe, Ar Mada, le long du fleuve Tsiribihina, à Madagascar. Pendant deux semaines, elle a vécu au rythme d’une équipe médicale itinérante, dans des zones où, pour des milliers de personnes, ces missions représentent souvent le seul accès aux soins. Dans leurs bagages : des malles de l’association Tulipe, chargées de médicaments, transportées en taxi-brousse, en bateau, en charrette à zébus, parfois à dos d’homme, jusqu’aux villages les plus isolés.
Christelle Tellier, collaboratrice Sanofi, lors de sa mission à Madagascar (DR)
Une décision rapide pour une envie ancienne
Pour Christelle Tellier, l’idée de partir en mission était présente depuis longtemps : « Cela fait très longtemps que je voulais faire de l’humanitaire. ». Pendant des années, Christelle s’engage ponctuellement, sans trouver le cadre qui lui correspond vraiment. Jusqu’à la découverte de l’ONG Ar Mada, en octobre 2025. « Ce qui m’a plu tout de suite, c’est la pérennité de l’association, le fait qu’ils repassent tous les deux mois dans les mêmes villages. Il y a un vrai suivi. »
Elle se porte immédiatement candidate pour prendre part à une mission. Son contact chez Ar Mada lui parle d’une longue liste d’attente. Puis, tout s’accélère : « deux ou trois jours plus tard, on m’a rappelée pour me dire : c’est bon, vous partez en février 2026 ». Au-delà de cette expérience inédite dans l’humanitaire, c’est aussi une démarche profondément personnelle qui motive son engagement : « À un moment donné, j’avais besoin que mon engagement ait du sens concrètement. Là, je me suis dit que je pouvais vraiment être utile, à ma place. »
Les kits Tulipe ont accompagné les humanitaires durant toute leur mission à Madagascar
Madagascar, un accès aux soins profondément inégal
Avant même d’arriver sur le terrain, la réalité du pays s’impose : Madagascar fait face à de fortes inégalités d’accès aux soins. Selon la Banque mondiale et l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 75 % de la population vit sous le seuil de pauvreté et une grande partie des zones rurales reste éloignée des structures de santé. Dans certaines régions, plusieurs heures de marche sont nécessaires pour atteindre un centre médical. Dans ces territoires, les infrastructures sont rares, les professionnels de santé peu nombreux, et les traitements sont difficiles d’accès. « La pauvreté saute au visage ici, j’ai beaucoup voyagé mais ce que j’ai vu ici m’a beaucoup impactée. », souligne la collaboratrice de Sanofi.
Les déplacements se sont fait en bateau le long du Tsiribihina
Une mission itinérante au rythme du fleuve
La mission de février 2026 mobilise environ 80 bénévoles, répartis en quatre équipes. Christelle fait partie d’un groupe d’une vingtaine de personnes, dont 18 bénévoles, encadrés par un chef de mission français et un chef de mission malgache. Son rôle est central dans l’organisation quotidienne de la mission. Non soignante, elle intervient en première ligne sur la logistique et l’accueil des patients : « j’étais un peu la petite main… mais en réalité, j’étais à l’accueil et sur la gestion des flux. ». Chaque journée commence à l’aube : « réveil au lever du soleil, briefing sur le bateau… puis on monte au village. »
Une école devient un hôpital de campagne
À l’arrivée, la scène est toujours la même : « lors de notre arrivée, une centaine de personnes attendait déjà d’être prises en charge ». L’école est ensuite ‘’transformée’’ par l’équipe d’humanitaires : « une partie pour l’infirmerie, une autre pour la pharmacie, une pour les médecins… », détaille Christelle organise l’accueil, oriente les patients, priorise les cas. « Chaque personne vient avec son petit carnet. Nous notons le prénom, le poids (donnée sensible du fait du nombre important de cas de dénutrition), l’âge… puis, nous les dispatchons. Nous faisions également régulièrement passer une infirmière dans les files pour identifier les cas prioritaires. », précise celle qui joue un rôle clé dans la régulation des flux, à l’image d’un service d’urgence.
Plusieurs heures d’attente pour ces patients qui n’ont parfois un accès aux soins que lorsque vient l’ONG
Jusqu’à 400 consultations par jour
Le rythme des consultations est très soutenu, les équipes doivent absorber un flux constant de patients qui font parfois plusieurs kilomètres de marche et attendent des heures avant d’être pris en charge : « Malgré cela les gens restaient toujours calmes et respectueux. De notre côté, nous étions environ à 300 consultations par jour. Médecine générale, pédiatrie, gynécologie, dentiste… tous les besoins sont présents ».
À l’échelle de la mission, ce sont plus de 5 133 consultations qui ont été réalisées, dont 1 763 extractions dentaires, illustrant l’ampleur des besoins et la pression constante sur les équipes.
Christelle intervient aussi en appui des équipes, notamment en tant qu’assistante dentaire : « je stérilisais les outils, je remplissais les carnets avec les prescriptions ». Au-delà des chiffres, de l’organisation et de leur rythme intense, ce sont les situations humaines qui l’impactent : « J’ai vu des bébés de six mois qui pesaient 1,7 kg ».
Consultation pédiatrique sur une malle Tulipe
Les malles Tulipe, colonne vertébrale de la mission
Avant d’arriver sur le terrain, les malles (kits Tulipe) ont déjà parcouru un long chemin. Arrivées à Antananarivo, la capitale elles sont organisées par spécialité : « Il y avait la malle pédiatrie, la malle gynéco, la malle pharmacie, la malle dentaire… », se souvient Christelle. Elles voyagent en taxi-brousse, en bateau, en charrette à zébus : « Sur le bateau, elles nous servaient un peu de siège ». Sur place, elles deviennent indispensables. « Chaque équipe prend sa cantine et s’installe. Tout part de là ».
La supply chain : maillon essentiel de la chaîne de solidarité du médicament
Habituée aux exigences de la logistique pharmaceutique, Christelle observe avec un regard professionnel. « Un des fondements de notre métier est de manipuler les médicaments avec des précautions extrêmes ». Sur le terrain, les conditions sont radicalement différentes : « Là, ils sont transportés dans tous les sens, exposés à la chaleur et l’humidité… dans des cantines qui nous accompagnent sur cette mission itinérante. Nous devons nous adapter à ces situations en préservant au maximum les médicaments, pour qu’ils soient efficients sur les patients ».
Les produits de santé sont ainsi préservés jusqu’au bout de cette chaîne de solidarité dont le point de départ est le laboratoire et le point d’arrivée le patient sur le terrain. Chaque maillon de cette chaîne étant essentiel à sa bonne utilisation : « le lien, c’est vraiment l’accès aux soins. Chacun, dans sa spécialité, permet à tous d’avoir accès à un soin digne. Et quand on le voit sur le terrain, ça donne encore plus de sens à ce que l’on fait au quotidien. », confie Christelle Tellier pour qui ces deux semaines intenses sont appelées à se renouveler : « oui, je vais bien sûr repartir ».
Ar Mada et Tulipe, une réponse concrète à l’accès aux soins
Créée en 1999, Ar Mada organise des missions médicales itinérantes à Madagascar, notamment dans des zones rurales isolées. Son modèle repose sur une présence régulière, avec un passage tous les deux mois dans les mêmes villages, permettant un suivi des patients.
Chaque mission mobilise plusieurs dizaines de bénévoles et permet de réaliser jusqu’à 400 consultations par jour par équipe. Au-delà des consultations, ces missions permettent également des prises en charge lourdes : 8 patients ont été hospitalisés pour des opérations ou traitements, et plusieurs évacuations sanitaires ont permis des interventions vitales.
Parmi les cas marquants de cette mission, l’évacuation d’urgence de Dolline, 11 ans, pour une suspicion de péritonite, après 8 heures de navigation, illustre la capacité de l’équipe à agir dans des situations critiques. D’autres patients, comme des enfants atteints de malformations ou de dénutrition sévère, ont pu bénéficier d’un suivi ou d’une prise en charge transformant durablement leur quotidien.
Partenaire de Association Tulipe, l’ONG s’appuie sur ses kits de médicaments préparées en France avec les produits de santé donnés par les entreprises adhérentes pour intervenir dans des zones où l’accès aux soins reste extrêmement limité.
Une chaîne de solidarité concrète, qui relie expertise industrielle, engagement humanitaire et besoins de terrain — et qui, sur le fleuve Tsiribihina, permet chaque jour de soigner souvent, guérir parfois, et réconforter toujours.